A propos du classement des universités

Notre courte réflexion porte uniquement les champs d’application des classements des formations supérieurs. Le classement ayant eu  plus de retentissement est très certainement celui de l’université chinoise de Jiao-Tong de Shanghaï, qui a induit en cascade une acceptation générale de la pertinence des classements et conduit tant les universités que les gouvernements à se positionner le mieux possible dans ce classement. Le succès indéniable de la recherche des classements s’explique sans doute par la convergence de plusieurs phénomènes. Ce sont tout d’abord  les préoccupations résultant de l’existence annoncée d’un marché mondial de l’enseignement supérieur,  c’est ensuite l’existence de classements réalisés par diverses institutions ou par des médias entre les établissements d’enseignement supérieur souvent sans beaucoup de transparence. C’est enfin un ressenti au plan de la pratique professionnelle des  chercheurs qui se situent en permanence dans une situation de conflit/coopération avec les autres chercheurs. La conjonction de ces trois questionnements  a donné une légitimité sociale à la publication des classements (très nombreux) et à inciter divers organismes publiques à envisager la mise au point de méthode de classement qui soit reconnu et par la communauté universitaire et par les acteurs concernés (dont les étudiants).

Pour un économiste, il et surprenant de classer acteurs sur un marché puisque ce qui conduit le consommateur ce n’est pas tant le classement que le prix ou le rapport qualité/prix plus ou moins associé à la notoriété. L’achat d’une automobile est-il dépendant du classement mondial, par le nombre de voitures vendues, des constructeurs ? Les classements répertorient des établissements de toute nature qu’il faudrait en restant sur un plan marchand en deux catégories : les établissements du secteur marchand et les établissements du secteur non marchand. Le secteur marchand comprend toutes les institutions dans les droits d’inscriptions sont supérieurs à 50 % du coût de production, les autres appartiennent au secteur non marchand. La première catégorie et financées majoritairement par les consommateurs qui n’ont aucune raison d’avoir des comportements bien différents de l’ensemble de leurs achats marchands. Les institutions de la seconde catégorie sont majoritairement financées par des administrations publiques (de toutes natures) donc finalement par les impôts. Ni le financement, ni les tarifs ne ressortent des échanges marchands, la comparaison des droits d’inscriptions ne donne aucune information pertinente quant à la qualité et le niveau des formations proposées, le prix n’est pas un élément du choix. Le classement, selon des indicateurs à déterminés et des pondérations de ceux-ci, constitue la seule solution pour obtenir une comparaison, nous sommes plus dans le domaine de la compétition sportive que de la concurrence sur un marché. Les établissements non marchands sont de ce fait en compétition les uns avec les autres même si comme en France, elle est niée tout en étant néanmoins parfaitement intégrée par les parents et les étudiants dans leur stratégie de formation.

Pour classer, il est indispensable de disposer d’indicateurs pertinents, faibles et reconnus. Le choix des indicateurs est d’autant plus délicat que les établissements d’enseignement supérieur ont quatre missions qui ne convergent pas spontanément.

La première mission est de former des étudiants dans une approche critique aux savoirs et non de diffuser des vérités éternelles (domaine des religions et des idéologies) d’où l’importance de la maîtrise des connaissances en évolution enseignées par des enseignants chercheurs. Ces enseignements doivent permettre d’accéder aux emplois existants tout en disposant des capacités à s’adapter aux futurs emplois. Le champ de la formation est encore largement national avec de plus en plus de dimensions européenne et internationale. L’aspect international reste cependant secondaire du fait que les marchés du travail sauf exceptions restent nationaux.

La deuxième mission est de produire des connaissances dans des champs disciplinaires reconnus ce qui se traduit par des publications dont le champ de diffusion est international au sein d’un espace globalement non marchand où règne la compétition avec la reconnaissance international des résultats.

La troisième mission est de faciliter l’innovation par la valorisation de la recherche sous des formes très diverses. Contrairement à la production des connaissances, l’innovation exclue la mise à disposition gratuite des acquis, elle se traduit par des brevets ou la création d’entreprise dans un champ qui est celui de l’économie et de la concurrence.

La quatrième mission beaucoup plus informelle est la diffusion des connaissances auprès du public en général dans une dynamique très différente des trois précédentes missions.

Sur un plan international, les classements retiennent très logiquement les critères liés à la recherche dans la discipline qui sont les seuls significatifs à ce niveau. Par contre des classements nationaux pour être pertinents doivent retenir des indicateurs pour au moins les trois premières missions.

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